Initialement programmée le mercredi
22 la réunion a été décalée
au jeudi 23.
Les élus ont simplement été informés
par mail, 10 ou 15 jours avant, sans qu’on leur demande
leur avis, bien sûr mais aussi sans l’ombre d’une
explication.
C’est en arrivant à Morlaix et en
découvrant les vestiges d’une estrade en phase de
démontage que j’ai compris la raison de ce changement
de programme : Le CRJ1000 venait de faire son entrée à
la Cour du Roi.
Une grande sauterie avait en effet été organisée
la veille, à l’occasion de l’arrivée
du « bel oiseau » de notre PDG et l’on allait
tout de même pas gâcher la fête à cause
de ces casse-pieds de délégués du personnel
; on les recevra demain, la veille du réveillon. Que les
risques de neige annoncés sur toute la région ouest
compromettent leur retour chez eux et désorganisent leurs
famille, ça, on s’en moque à peu près
autant que de la convention d’entreprise.
Cependant, l’événement était
d’importance, il s’agissait de l’arrivée
d’un nouvel avion dans la compagnie, avec 200 invités
triés sur le volet (la nature du volet en question reste
un mystère que la direction a refusé d’éclaircir),
des journalistes, le gratin britairien et surtout, surtout…
le bel oiseau à queue dorée qui lui donne l’air
de porter une couronne sur la tête comme s’il avait
tiré les rois et qu’il avait eu la fève !
Remarquez, il y a un peu de ça. On peut dire qu’il
a de la chance, le CRJ1000 : Un succès mondial qui va être
construit à un nombre incroyable d’exemplaires :
49 ! A peine croyable, en effet… pour un peu on le classait
dans la catégorie « collector », édition
limitée ; chaque exemplaire est numéroté.
Et puis, selon la direction, le CRJ1000 va, tel le héros
de série B, nous sauver face aux low-cost, à la
mondialisation et à la concurrence acharnée et débridée
de tous ceux qui nous veulent du mal. Michael O’Leary tremble
de peur et il parait qu’il prend désormais un stilnox
chaque soir avant de s’endormir depuis que le CRJ1000 a
été certifié.
D’ailleurs toutes les compagnies à bas coût
se l’arrachent, le bel oiseau à queue d’or.
En dehors de Britair, il y par exemple Air Nostrum, pour ne citer
qu’elle et puis… heu… Air Nostrum …et
aussi… heu… ah oui, j’allais l’oublier
: Air Nostrum ! Vous voyez, ça fait du monde… on
n’est pas les seuls à voler sur un avion si long
que, quand le poste est arrivé au niveau 100 et qu’on
éteint les consignes, les passagers du fond ne comprennent
pas pourquoi ils n’ont toujours pas décollé
!
Dès le début de la réunion
DP, m’exprimant au nom des élus qui partageaient
tous mon sentiment, j’ai donc annoncé que les délégués
quitteraient la réunion à midi au lieu de 16h et
j’ai prié la DOV de s’occuper pour nous des
changements de réservation et des navettes de transport,
ceci afin d’assurer notre retour en début d’après-midi
vers nos foyers respectifs.
Etre coincé à Noël, le Jour de l’An,
le 14 juillet ou quand vous voudrez, pour des raisons d’exploitation
ça fait partie du métier. Personne ne le contestera.
Mais se retrouver en galère comme un gueux parce que la
Cour a dégusté des bulles la veille de votre réveillon,
c’est un coup à faire une crise de foie.
Surtout que, franchement, ça ne valait
vraiment pas le coup de rester plus longtemps.
Jetez donc un coup d’œil au compte rendu. Surtout les
réponses aux questions du SNPL sur la problématique
des secteurs, des grilles de salaire et des carrières !
Qui fait quoi ? Qui vole sur quoi ? Qui donc est payé combien
? Comment c’est-y qu’on fait donc pour passer de je
ne sais quel secteur vers un je ne sais quel autre secteur ? D’ailleurs,
c’est quoi un secteur ?
C’est tellement embrouillé, tellement cousu de fil
blanc, tellement dénué de toute espèce de
rationalité et de bon sens que la DOV a cru bon de publier
une NTA pour tenter de clarifier un problème insurmontable.
Moi, personnellement je n’y comprends rien.
La seule chose que je vois, c’est qu’hier il y avait
une convention, aujourd’hui il y une NTA.
C’est comme ça désormais
que s’établit le dialogue social à Britair
:
Le Roi publie un décret qu’on applique sur le champ
et les sujets obéissent tandis qu’on donne des bals
à la Cour et qu’on se gargarise de mondanités
en se partageant la galette.
La galette des rois, bien sûr…
Je vous souhaite une excellente année
2011, ainsi qu’à toux ceux qui vous sont chers.
Christophe Lébé, élu
DP.
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